Interview de George Pau Langevin
Tout le monde s’accorde pour constater le retard de
Depuis longtemps, le fait de comparer la situation française à ce qui se passe dans d’autres pays européens nous révèle le retard que nous avons pris. J’y vois la conséquence de la difficulté avec laquelle notre pays aborde ces questions. On évoque aisément les problèmes d’intégration des étrangers, les difficultés dans les quartiers mais plus difficilement les préjugés liés à l’apparence physique, ou à l’origine géographique.
On attribue facilement le rejet dont est victime une personne au fait qu’il s’agit d’un « jeune de banlieue » plutôt qu’au fait qu’il s’agisse d’un noir. De nombreuses discussions passionnées autour des questions d’immigration esquivent le fait qu’on parle de français souvent depuis plusieurs générations qui aspirent à exercer leur citoyenneté à égalité de devoirs mais aussi de droits avec les autres. L’éligibilité fait partie de ces enjeux.
Vous avez eu l'investiture de votre parti, le PS, pour les prochaines élections législatives. C’est tout de même un point positif…
Ce fut un peu compliqué dans mon cas, mais il faut retenir que le Parti Socialiste a décidé de progresser dans la voie du renouvellement de ses candidat(e)s malgré le poids des conservatismes. Ceux-ci seront nombreux à se présenter aux législatives pour la première fois, et pour la première fois un certain nombre de candidats seront issus de l ‘immigration, voire de l’outre mer, ce qui était exceptionnel avant.
Je crois positif que la direction du Parti aient eu à cœur de mettre en pratique les engagements contractés lors du Congrès du Mans.
Quels projets politiques comptez-vous défendre à l'Assemblée nationale si vous étiez élue ?
En tant que juriste, je m’intéresse à divers aspects du droit, mais participer à l’élaboration de la règle de droit alors qu’on a eu longtemps à l’étudier ou à la commenter sera une tâche passionnante. J’ai beaucoup étudié le droit du travail, la question des discriminations, les droits fondamentaux de la personne humaine, donc il y a de quoi faire ; j’aimerais aussi pouvoir appuyer les réorientations à opérer dans la politique extérieure de
De plus en plus de mineurs âgés de 13 ans à peine, et issus de familles migrantes basculent dans la délinquance dure. Ça vous inspire quoi ?
De tout temps la délinquance réprimée par les tribunaux a été surtout le fait d’hommes jeunes issus de milieux populaires. Le problème aujourd’hui est plus mal vécu parce qu’ils sont perçus comme venus d’ailleurs et que s’ajoute à l’exclusion sociale, une question d’identité de la société française.
Par ailleurs des parents qui ne possèdent pas les codes sociaux et sont eux même méprisés ont du mal à exercer correctement leur rôle éducatif. Il faut donc que la collectivité les épaule, pour encadrer les enfants, grâce à un réseau d’intervenants sociaux efficaces. Dommage qu’on oublie souvent l’aspect « prévention » pour réclamer ensuite plus de répression. De surcroît si la lutte contre les discriminations, surtout dans l’accès à l’emploi ( y compris pour les jeunes diplômés ) n’est pas menée sérieusement, on aura lieu de s’inquiéter sur les conséquences pour la crédibilité de notre modèle social
Propos recueillis par A.S. (Magazine Repères + Novembre /Décembre 2006)
Biographie
George Pau Langevin est née à pointe à Pitre (Guadeloupe).Ancienne avocate à la cour d’appel de Paris, mariée et mère de trois enfants, George Pau Langevin a occupé la fonction de directrice générale de l’A.N.T. (Agence Nationale pour l’Insertion et