Interview de George Pau Langevin

Publié le par Club Equité

 

Elle aurait pu être, hier, dans les starting-blocks  des législatives au nom du principe de la parité au profit des femmes, elle est aujourd’hui investie par son parti pour faire triompher les valeurs de l'équité et de la diversité en politique. George Pau Langevin, avocate de formation et collaboratrice de Bertrand Delanoë, ira certainement, et dès la prochaine législature, renforcer le nombre des élus du peuple issus des minorités visibles. Elle entend y défendre les causes qui lui sont chères.

 

 

Tout le monde s’accorde pour constater le retard  de la France en matière de diversité  politique. Peut-on aujourd’hui faire un bilan des avancées enregistrées sur la question ?

 

Depuis longtemps, le fait de comparer la situation française à ce qui se passe dans d’autres pays européens nous révèle le retard que nous avons pris. J’y vois la conséquence de la difficulté avec laquelle notre pays aborde ces questions. On  évoque aisément  les problèmes d’intégration des étrangers,  les difficultés dans les quartiers mais plus difficilement les préjugés   liés à  l’apparence physique, ou à l’origine géographique.


On attribue facilement le rejet dont est victime une personne au fait  qu’il  s’agit d’un « jeune de banlieue »  plutôt qu’au fait qu’il s’agisse d’un noir. De nombreuses discussions passionnées autour des questions d’immigration esquivent le fait qu’on parle de français souvent depuis plusieurs générations qui aspirent à exercer leur citoyenneté à égalité de devoirs mais aussi de droits  avec les autres. L’éligibilité fait partie de ces enjeux.   

 

Vous  avez eu  l'investiture de votre parti, le PS, pour les prochaines élections législatives. C’est tout de même un point positif…

 

Ce fut un peu  compliqué dans mon cas, mais il faut retenir que le Parti  Socialiste a décidé de progresser dans la voie du renouvellement de ses candidat(e)s malgré le poids des conservatismes. Ceux-ci seront nombreux à se présenter aux législatives pour la première fois, et pour la première fois un certain nombre de candidats seront issus de l ‘immigration, voire de l’outre mer, ce qui était exceptionnel avant.

Je crois positif  que la direction du Parti aient eu à cœur de mettre en pratique les engagements contractés lors du Congrès du Mans.

 

Quels projets  politiques comptez-vous défendre à l'Assemblée nationale si vous étiez élue ?

 

En tant que juriste, je m’intéresse à divers aspects du droit, mais participer à l’élaboration de la règle de droit alors qu’on a eu longtemps à l’étudier ou à la commenter sera une tâche passionnante. J’ai beaucoup étudié  le droit du travail, la question des discriminations, les droits fondamentaux de la personne humaine, donc il y a de quoi faire ; j’aimerais aussi pouvoir appuyer les réorientations à opérer dans la politique extérieure de la France pour lutter contre l’échange inégal et la paupérisation du Tiers Monde.

 

De plus en plus de  mineurs  âgés de 13 ans à peine, et issus de familles migrantes basculent dans la délinquance dure. Ça vous inspire quoi ?

 

De tout temps la délinquance  réprimée par les tribunaux a été surtout  le fait d’hommes jeunes issus de milieux populaires. Le problème aujourd’hui est plus mal vécu  parce qu’ils sont perçus comme venus d’ailleurs et que s’ajoute à l’exclusion sociale, une question  d’identité de la société française.

Par ailleurs des parents qui ne possèdent pas les codes sociaux et sont eux même méprisés ont du mal à exercer correctement leur rôle éducatif. Il faut donc que la collectivité  les épaule, pour encadrer les enfants, grâce à un réseau d’intervenants sociaux efficaces. Dommage qu’on oublie souvent l’aspect « prévention » pour réclamer ensuite plus de répression. De surcroît si la lutte contre les discriminations, surtout dans l’accès à l’emploi ( y compris pour les jeunes diplômés ) n’est pas menée sérieusement, on aura lieu de s’inquiéter sur les conséquences pour la crédibilité de notre modèle social      

 

 

Propos recueillis par A.S. (Magazine Repères + Novembre /Décembre 2006)

 

Biographie

George Pau Langevin est née à  pointe à Pitre (Guadeloupe).Ancienne avocate à la cour d’appel de Paris, mariée et mère de trois enfants, George Pau Langevin a occupé la fonction de directrice générale de l’A.N.T. (Agence Nationale pour l’Insertion et la Promotion des Travailleurs d’Outre-Mer), avant d’être nommée conseillère de Bertrand Delanoë à la mairie de Paris. Elle a été décorée à deux reprises : Chevalier de l’ordre du Mérite et Chevalier de la légion d’Honneur.

 

 

 

 


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Publié dans La revue de presse

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