"Libération" du 15/06/06: Au PS, les minorités visibles peinent à se faire voir
Pour les législatives 2007, seules 42 circonscriptions leur sont allouées.
par Muriel GREMILLET
QUOTIDIEN : jeudi 15 juin 2006
Gadget. Ce «mépris du travail de terrain», se retrouve aussi dans l'Isère. «Ici, la fédération est à l'âge de glace en ce qui concerne la parité, le renouvellement des générations et la diversité», dit Ali Kismoune. Délégué national chargé des solidarités urbaines au PS, il a décidé d'entrer en dissidence. «Pas pour un poste, jure-t-il. Juste pour attirer l'attention de nos militants qu'en dépit des affichages des uns et des autres, le compte n'y est pas.» Car les «minorités visibles», au-delà de leur propre représentation, mettent d'autres débats sur la table. Comme la question du mandat unique. «Si on arrêtait le cumul, explique Ali Kismoune, la question du nombre de postes qui peuvent être distribués n'en serait plus une.»
Deux autres militants locaux, Hassan Boutemine et Farid Derbal, briguent la candidature dans deux autres circonscriptions de l'Isère. «Nous n'avons aucune chance, dit Kismoune. Mais nos positions sur le non-cumul ont été entendues par les militants, c'est l'essentiel.» Autre chance de la «diversité» selon les frondeurs, elle permettrait de changer la face du parti. Ces candidats ont en général moins de 40 ans et viennent de milieux sociaux sous-représentés dans la hiérarchie du PS, comme à l'Assemblée nationale. «Se battre pour la diversité ce n'est pas qu'une question de minorités, dit l'un d'eux. C'est aussi le moyen de faire monter des enfants d'ouvriers, des gens qui habitent vraiment en banlieue, qui savent ce qu'est la précarité, mais aussi l'envie de se battre.»
Du coup, la contestation des parachutages n'est pas qu'une querelle d'egos ou de déception. «C'est aussi pour ne pas réduire à néant cette idée de diversité, d'en faire un gadget», note un député. La déception est telle chez les beurs du PS que la dernière blague qui traîne n'arrive même plus à les faire rire. «Au PS, il y a deux types d'immigrés, comme avec Sarkozy : les choisis et les subis.»