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Publié le par Saliou Diallo

 
Le 26 avril 2006 - 14:21

Banlieues françaises: des jeunes sont toujours sans espoir six mois après.


Pour Karim Benachour et ses amis, rien n'a changé depuis les émeutes qui ont embrasé leur quartier en octobre dernier. Et en vérité, les jeunes ne s'attendent pas non plus à des changements. Six mois plus tard, ils se sentent toujours abandonnés, n'ont toujours pas d'espoir en l'avenir et ne font toujours pas confiance à la police.

Pourtant, depuis, des lois ont été adoptées, des promesses ont été faites. Mais les résultats tardent à se manifester.

Jeunes des banlieues, autorités locales et spécialistes s'entendent pour dire que la multiplication des mesures adoptées grâce à la loi sur l'Egalité des chances n'achètera pas la paix. Et la possibilité d'une nouvelle vague de violence est toujours bien présente.

"Le calme est de retour, mais c'est un calme précaire. A la moindre étincelle, on risque l'explosion", confie à l'Associated Press l'éducateur Samir Mihi, qui dirige un programme sportif destiné aux jeunes et qui a agi de médiateur officieux lors des trois semaines de crise.

"On vit dans la crainte d'un nouveau 27-Octobre."

La mort de deux adolescents, Zyed Benna et Bouna Traoré âgés de 17 et 15 ans, électrocutés dans un transformateur d'Electricité de France de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) en tentant de fuir la police, avait enflammé les banlieues de Paris. Surpris par la crise, le gouvernement avait tenté de calmer la colère des jeunes qui s'étendait peu à peu dans le reste de la France en déclarant l'état d'urgence début novembre.

Une série de mesures pour lutter contre la discrimination affectant surtout les jeunes issus de l'immigration a ensuite été adoptée. Le chômage frappe un jeune sur deux dans les banlieues, leur laissant le sentiment d'être exclus de la société française.

Plusieurs ont critiqué les solutions avancées par le gouvernement, n'y voyant que des demi-mesures alors qu'il faudrait des changements profonds. "Le message n'est pas passé", selon Saliou Diallo, premier adjoint à la mairie d'Evry (Essonne).

"Le gouvernement aurait dû agir avec l'esprit du plan Marshall" pour les banlieues.

Mais voilà, les mesures adoptées sont loin de régler les problèmes des banlieues, selon les détracteurs du gouvernement.

La loi sur l'Egalité des chances doit notamment permettre aux jeunes d'envoyer un CV anonyme, évitant ainsi que leur nom à consonance étrangère ou leur adresse dans une banlieue défavorisée ne leur nuisent pas. Elle légalise le testing des boîtes de nuit, agences de recrutement et autres établissements pour lutter contre le profilage racial. Des crédits d'impôt sont également prévus pour les entreprises s'établissant ou investissant dans les banlieues.

Une quinzaine de nouvelles zones franches urbaines seront créées au 1er août, en plus des 85 déjà mises en place depuis 1996, sous réserve de l'accord des autorités européennes.

Des mesures plus controversées permettent aux jeunes de se lancer dans l'apprentissage dès 14 ans, au lieu de 16, ou menacent les parents qui ne supervisent pas leurs enfants de voir suspendues tout ou partie des allocations familiales.

Le coût de ces mesures n'a pas encore été évalué. Mais pour certains, elles ne vont pas encore assez loin, oubliant, entre autres, de s'attaquer au problème de l'envoi de fonctionnaires inexpérimentés dans les quartiers dits sensibles.

Les émeutes ont néanmoins permis à certains de prendre conscience du rôle que pouvait jouer les banlieues dans l'arène politique. Le comédien Jamel Debbouze, le styliste Mohamed Dia et le rapper Joey Starr ont exhorté les jeunes issus des minorités à voter massivement aux prochaines élections en 2007.

Le collectif AC le feu a pour sa part lancé le 10 avril une tournée nationale dans 38 villes afin d'inciter le vote des minorités et de recueillir leurs doléances. La compilation de ces récriminations devrait être présentée en octobre prochain. "Nous devons nous intéresser à la politique parce que les hommes politiques ne s'intéressent pas à nous", estime Samir Mihi.

Malgré quelques initiatives timides ça et là et des plans gouvernementaux dont on tarde à voir les effets immédiatement. A Clichy-sous-Bois, Karim Benachour n'a observé qu'un seul changement depuis six mois: la police se fait plus discrète.

"Les gens ne veulent pas que la police revienne encore ici", lance-t-il, arborant fièrement un chandail "FBI Anti-Terrorism Unit". "S'ils reviennent, ils vont se ramasser des cailloux."

Pour ces jeunes, c'est la peur des policiers qui a poussé Zyed Benna et Bouna Traoré, se sentant pourchassés, à escalader le mur du transformateur où ils sont morts électrocutés.

"La situation en avril 2006 n'est pas mieux qu'en octobre 2005", observe le sociologue Sébastian Roché, chercheur au CNRS et auteur du livre "Police de proximité" (Editions du Seuil, 2005) sorti juste avant les émeutes.

Malgré ce pessimisme, le père endeuillé de Zyed Benna fait preuve d'un optimisme prudent. "Je vois des gens qui disent que ça a réveillé la France. Ca aura au moins servi à quelque chose", note Amor Benna, éboueur à Paris. "Ca bouge un petit peu, dit-il avant de se corriger. Disons, ça bouge un tout petit peu."
 
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Publié dans La revue de presse

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