Lancement d'Equité le 22 mai 2006: Interview de Louis Mohamed Seye par "L'hebdo des Socialistes"
le 23/05/06
Des socialistes issus des Dom et des pays africains ont créé, le 22 mai, le mouvement Equité. Loin de vouloir favoriser les divisions, ce mouvement s'ancre dans la volonté de perpétuer les valeurs socialistes de fraternité et d'intégration. Il s'agit aussi de réfléchir à des sujets qu'ils connaissent bien, comme l'immigration et les discriminations pour faire avancer le parti. Louis-Mohamed Seye, délégué national socialiste à la francophonie et membre d'Equité, explique les objectifs de ce mouvement et précise qu'il s'agit de « travailler pour et non contre le parti ».
A quels objectifs répond la création du mouvement Equité, au sein du PS ?
Nous avions déjà créé l'association Africadom, née aux dernières élections régionales. Ensuite, nous avons formalisé cette association, issue de la rencontre des Domiens et des Africains, comme Senghor et Césaire avant. Nous sommes partis de cette culture commune de la négritude, et cela a fait échos auprès de certaines personnes. Mais, Africadom a une action assez large. Nous avons donc voulu créer un mouvement politique, au sein du PS, et réfléchir à partir de nos valeurs socialistes. Nous avons appelé ce mouvement Equité en référence aux discriminations politiques.
Considérez-vous que les discriminations persistent au sein du PS ?
En effet, elles persistent, même si le PS est en train de les dépasser. Le mouvement est en marche, et le combat pour la parité y a largement participé. La diversité est aujourd'hui à l'ordre du jour, car la sociologie de notre pays a changé. C'est pourquoi nous devons être acteurs des changements. On ne peut plus être passifs, et attendre que les choses se déclenchent. Il faut apporter à la réflexion du parti des éléments en plus, autour des thèmes que nous connaissons de l'intégration et de l'immigration notamment. Beaucoup d'entre nous sont des élus de terrain, maires-adjoints, conseillers municipaux, responsables d'associations. On voudrait donc traduire cette expérience pour que le parti puisse se nourrir de toute cette réflexion, afin d'avancer et de trouver les solutions du vivre ensemble. De plus, beaucoup d'entre nous ont plusieurs cultures. Cette richesse peut vraiment être un avantage pour le parti. Mais, il s'agit aussi de nous montrer moins attentistes pour impulser une politique volontariste des socialistes sur ces sujets. Le parti ne peut pas faire les choses sans nous. Nous devons faire les choses ensemble.
Pourtant, avec ce mouvement, ne craignez-vous pas de favoriser le communautarisme ?
Nous en sommes loin. Nous travaillons évidemment sur nos cultures, nos différences, mais ensuite nous n'avons aucune difficulté à être avec les autres. Lorsque nous exerçons nos mandats d'élu, nous le faisons pour tous les citoyens. C'est tout simplement un mouvement qui réfléchit pour le socialisme, et c'est probablement en refusant de nous écouter qu'il y aura des réactions communautaristes. Le socialisme porte les valeurs de fraternité, de partage, d'accueil et d'internationalisme. Nous voulons juste protéger et partager ces valeurs.
Nous nous sentons vraiment socialistes, nous sommes à notre place, dans notre famille. On travaille pour le parti et non contre le parti. Nous avons créé un mouvement à l'intérieur du parti socialiste, non pas pour le combattre, mais pour lui apporter encore plus.
Si le PS a encore des efforts à faire en matière de représentativité de la diversité française, la droite n'a-t-elle pas complètement évacué cette question ?
La droite n'a pas la culture de l'immigration. Nous avons bien vu la manière dont le sujet a été traité par Sarkozy. C'est une honte. Il suffit de voir l'accueil que lui ont réservé les pays africains pour savoir qu'on ne peut pas partager cette façon de voir les choses. La droite fait de l'affichage, avec Azouz Begag par exemple, mais les gens ne sont pas réellement reconnus. Ce sont des candidats gadgets, et nous ne pouvons accepter cela. La gauche a la chance d'avoir des atouts. C'est en fournissant des explications, en usant de pédagogie, que l'on pourra résoudre les problèmes que connaît notre société. Nous avons donc beaucoup d'avance, mais nous devons toujours avoir à l'esprit nos valeurs.
Propos recueillis par Fanny Costes
Pour plus d'images de cette manifestation, voir dans "Lancement d'Equité" dans
"Reportages Photos".
Salle Marie Thérèse Eyquem à Solférino, Siège du PS, 22 mai 2006: Lancement du Club Equité

